POEM marketing : payer, posséder ou mériter sa visibilité, où placer le curseur ?

POEM marketing : payer, posséder ou mériter sa visibilité, où placer le curseur ?

Le POEM désigne Paid, Owned and Earned Media : trois façons pour une marque d'apparaître devant son public. Soit elle achète l'espace (média payant), soit elle le contrôle (média possédé), soit elle l'obtient grâce à des tiers qui parlent d'elle (média gagné). Ce cadre sert à une chose simple : savoir d'où vient chaque contact avec votre marque, et ce qu'il vous a coûté, en argent comme en maîtrise.

D'où vient le modèle POEM et à quoi sert-il ?

L'expression serait apparue en 2009 sur un blog américain, avant d'être popularisée par la société d'analyse Forrester. Le modèle répond à un besoin concret : les marques disposaient de plus en plus de canaux, sans grille pour les comparer. Le POEM les range selon une seule question, celle de la relation entre la marque et le support.

Schéma du modèle POEM en marketing : Paid, Owned et Earned Media, et le Shared Media du modèle PESO
Schéma du modèle POEM en marketing : Paid, Owned et Earned Media, et le Shared Media du modèle PESO

Utilisé correctement, il aide à développer la notoriété, à créer de l'engagement et à acquérir de nouveaux clients, en évitant de tout miser sur un seul levier. Il vaut aussi bien pour les médias traditionnels (télévision, radio, presse) que pour le digital.

Paid, Owned, Earned : les trois médias en détail

Paid Media : acheter de la visibilité rapidement

Le Paid Media regroupe tous les espaces publicitaires achetés par la marque : annonces télévisées, radio, presse, bannières, liens sponsorisés, publicité sur les réseaux sociaux. Le PPC (paiement par clic) en est la forme la plus répandue : vous ne payez que lorsque l'internaute clique. Le reciblage, lui, réexpose un visiteur déjà passé sur votre site. Son atout est la rapidité : une campagne peut produire de la portée en quelques jours. Sa limite est symétrique : quand le budget s'arrête, la visibilité s'arrête aussi.

Owned Media : le terrain que la marque contrôle

Le Owned Media rassemble les supports que l'entreprise maîtrise : site web, blog, comptes de marque sur Facebook ou LinkedIn, livres blancs, mais aussi points de vente, PLV et enseignes. Le contrôle éditorial est total, et un contenu qualitatif peut construire une audience qualifiée, durable et peu coûteuse. Le revers : il faut produire régulièrement, et la portée se construit lentement.

Un angle souvent oublié : les plateformes sociales sont « possédées » de façon partielle. Votre compte vous appartient en apparence, mais l'algorithme, les règles et l'accès à l'audience restent entre les mains de la plateforme, comme un local loué dont le propriétaire peut changer la serrure. Les actifs réellement verrouillés de votre côté sont le site, la liste d'e-mails et la base clients. Une stratégie POEM solide y ramène progressivement l'audience captée ailleurs, plutôt que de la laisser sur un terrain qu'on ne maîtrise pas.

Earned Media : la visibilité qu'on mérite

Le Earned Media correspond à ce que d'autres disent de vous sans que vous les payiez : mentions sociales, avis consommateurs, commentaires, articles tiers, retombées presse, partages, vidéos virales. Il repose sur la confiance accordée à l'avis d'un tiers. D'après l'étude Cision citée sur le sujet, 72 % des marketeurs le privilégient pour gagner la confiance du consommateur ; 54 % l'associent à l'objectif de développer une bonne image de marque et 52 % à celui d'augmenter la notoriété. Sa contrepartie : vous ne contrôlez ni le ton, ni le moment, ni le sens de ce qui est dit, y compris pour les avis négatifs.

Comparer les trois médias d'un coup d'œil

CritèrePaid MediaOwned MediaEarned Media
ContrôleÉlevé sur le message, limité sur le contexteTotalFaible
RapiditéImmédiateProgressiveImprévisible
CoûtRécurrent, proportionnel à la diffusionProduction et entretienIndirect (relations, qualité de l'offre)
Crédibilité perçuePlus faibleMoyenneForte
ExemplesPPC, bannières, liens sponsorisésSite, blog, livre blanc, PLVAvis, articles tiers, partages

Aucune colonne ne gagne sur toutes les lignes, et c'est le principe du modèle : chaque média compense les faiblesses des deux autres. Le Paid amorce, l'Owned retient, l'Earned valide.

Mesurer chaque média avec les bons indicateurs

Un même indicateur ne dit pas la même chose selon le média. Mieux vaut regrouper les mesures par catégorie :

  • Paid : impressions, portée, clics, coût par clic, conversions.
  • Owned : trafic vers le site, followers, engagement des utilisateurs, inscriptions.
  • Earned : mentions, commentaires, partages, retombées presse et sociales, part de voix.

Côté outils, Google Analytics suit le trafic et les conversions, Google éclaire les campagnes payantes, et les plateformes sociales fournissent leurs propres statistiques. SEMrush et SpyFu permettent de se comparer aux concurrents, tandis que Brandwatch analyse les conversations et les opinions autour d'une marque. Gardez en tête la différence entre portée (combien de personnes ont vu), engagement (combien ont réagi) et conversion (combien ont agi) : un média peut briller sur la première et décevoir sur la dernière.

Du POEM au PESO, puis à la campagne concrète

Pourquoi le modèle est devenu PESO

Le Shared Media désigne les partages obtenus sur les comptes d'individus. Il était à l'origine rangé dans l'Earned Media, mais son poids a justifié de l'isoler. Le modèle PESO associe ainsi quatre composantes : Paid, Earned, Shared et Owned. Le POEM reste une base pédagogique solide ; le PESO affine la lecture quand les réseaux sociaux occupent une place centrale.

Exemple : le lancement d'une application mobile

Pour lancer une application, on peut acheter des annonces ciblées et du reciblage pour générer les premiers téléchargements (Paid). En parallèle, une page dédiée sur le site, un article de blog et les comptes de marque expliquent l'usage et rassurent (Owned). Enfin, on encourage les avis dans les stores, on sollicite la presse spécialisée et on facilite le partage (Earned). On suit ensuite les téléchargements, le trafic et les mentions pour ajuster la répartition : si les avis positifs apparaissent, on peut alléger la pression publicitaire.

La bonne répartition dépend de l'objectif : notoriété rapide, plutôt Paid ; relation durable, plutôt Owned ; crédibilité, plutôt Earned. Commencez par poser l'objectif, choisissez ensuite les canaux, puis vérifiez régulièrement ce que chacun apporte réellement.